Le souci de soi : Un regard sur la Duchesse de Windsor.

Texte
Florent Cammas
Le souci de soi : Un regard sur la Duchesse de Windsor.

« C’était la femme la plus indépendante que je n’ai jamais vu », c’est par ces mots que l’ancien roi d’Angleterre, Edward VIII, qui abdiqua la couronne pour la femme qu’il aimait, décrivît sa compagne Wallis Simpson, une américaine déjà deux fois divorcée, future Duchesse de Windsor.

Référencée dans l’histoire de la mode en tant qu’icône de l’élégance et de la sophistication, Wallis fut une championne de la haute couture parisienne.

Elle sut créer autour d’elle durant près de cinq décennies (1930- 1970), une effusion du public et un intérêt des médias. Wallis possédait un style propre, qui mêlait des pièces de haute couture et des inventions de mode. Dès les années trente, elle choisit les créations audacieuses d’Elsa Schiaparelli, entre autres une robe blanche couverte d’un homard dessiné par Salvador Dali.

Elle fut une des pionnières à revêtir des robes courtes pour le soir, ou à assortir la joaillerie à ses tenues. Elle avait, plus que tout, une connaissance parfaite de son corps, des proportions de celui-ci, mais aussi des notions liées à la confection, s’émancipant alors du simple statut de cliente oisive, comme le rappelle Marc Bohan, ancien directeur artistique de la maison Dior :

« Elle apprit à affirmer ses préférences, agrandir l’arrondi d’un col, abaisser une ceinture. Elle était capable de diriger la première d’atelier pour la coupe, de faire rectifier la largeur d’une emmanchure ou de supprimer des détails superflus ».

Dans les années cinquante, elle manifesta son intérêt pour les créations de Christian Dior et Cristobal Balenciaga, qui conçurent pour elle des tenues minimalistes dans les tons bleu, noir et gris, à la manière d’une architecture avec de fines décorations.

Une garde-robe d’une fausse simplicité, qui se transforme en canevas pour accueillir ses somptueux bijoux. Elle fut notamment fidèle à Cartier, époque Jeanne Toussaint, qui lui confectionna un bestiaire en pierres précieuses : un flamand rose en rubis et saphirs à porter au revers d’une veste, une panthère de diamants qui s’enroule autour du poignet.

 A observer sa collection d’objets de désirs, une pièce se distingue des autres, un bracelet de charm’s en forme de croix, dont l’arrière présente les mots d’amour d’Edward à Wallis, une manière de graver dans la pierre la fragilité d’un sentiment, l’inscrire dans l’éternité, pour le rendre immarcescible.

A travers une apparence soignée, Wallis démontra sa capacité à répondre habilement à la clameur d’un lynchage, qui l’avait vilipendée pour avoir détourné un roi de sa fonction.

La mode, pour la Duchesse, était une façon de communiquer sans recourir à la parole, à travers un langage silencieux qui trouvait ses mots dans le tombé précis d’une robe, dans la richesse d’un tissu. Exprimer à travers un style simple, épuré et compréhensible, une lisibilité sur son état d’esprit et son humeur.

Par ce contact permanent avec les arts mineurs, c’était surtout l’envie de s’incarner, de se créer un monde doux, rassurant, comme l’avait remarqué un journaliste à sa mort en 1987 : « La folie des splendeurs manifestée par les Windsor à travers leur dandysme, leur goût des bijoux, c’est une folie douce, voir thérapeutique, à côté de la folie qui menace ceux que l’on contraint, que l’on empêche d’aimer.

Il y avait sous le masque de la frivolité et de l’oisiveté un authentique effet de résistance de l’individu, de l’humain, du sentiment à la raison d’état, à une sorte de machinerie broyeuses des âmes et des cœurs ».

En tant qu’icône, elle prendra tout au long de son existence une position alternative aux mouvances générales, en revendiquant une dynamique créative et innovante, liée à la construction d’un modèle de soi qui établit ses propres règles : ne pas avoir d’enfants et vivre avec l’homme qu’elle aime, trouver fascinante la jeunesse des années 1970 qui attend, vêtue de blousons de cuir dans la lumière rougeoyante du drugstore des Champs Elysée, danser le twist en mini-jupe chez Régine à près de soixante-dix ans.

Ici, le vêtement n’est pas simplement créé pour rendre belle celle qui le porte, avec un effet superficiel ou simplement visuel, mais plutôt pour accompagner une personnalité, revendiquer ses choix de vie, car comme l’avait dit Marcel Proust : « je sais tout ce qu’il peut y avoir d’héroïsme dans la beauté », et ça, Wallis Simpson l’avait bien compris.

Iconographie :

La duchesse et le duc de Windsor au Bal de Gala à l’Orangerie du Château de Versailles portant un Collier Cartier, 1953.
La duchesse de Windsor pose pour Vogue vêtue de la robe Homard de Schiaparelli, château de Candé, Cecil Beaton, 1937.
La duchesse de Windsor portant une robe Vionnet et un bracelet Cartier, 1945.
La duchesse de Windsor, Irving Penn, 1948.
Le duc et la duchesse de Windsor à Hamilton, aux Bermudes, 1940. La duchesse porte la broche « Flamant », Cartier, 1940.
La duchesse de Windsor, 1950.
La duchesse de Windsor portant un bracelet Cartier, Cecil Beaton, 1937.
La duchesse de Windsor portant des bijoux Cartier, George Hoyningen-Huene, 1937.
La duchesse de Windsor dans sa maison de Nassau aux Bahamas, 1942.
La duchesse de Windsor, 1940.
Le duc et la duchesse de Windsor, Miami, 1941.
Le prince Edward et Wallis Simpson, Philippe Halsman, 1959.
Le Duc et la duchesse de Windsor, Rapallo, Italie, 1953.
La duchesse de Windsor et Alleen Plunket portant une robe Givenchy, Patrick Lichfield,1966.
La duchesse de Windsor, Yousuf Karsh, 1971.

Sources bibliographiques :

Suzy Menkes, Le Style Windsor, 1987.
Laurent Dispot « Le désir fou de l’immarcesible », L’Officiel de la mode, n°736, 1987, page 228/229.
Catalogue de l’exposition « Anatomie d’une collection » du palais Galliera.