Céline Bodin

Photos & textes
Céline Bodin
Céline Bodin

Avec The Line et The Confessional, Céline Bodin propose deux lectures jointes de la visualisation du corps féminin et de son rapport conflictuel aux moeurs et traditions artistiques. Ces projets suggèrent une re-évaluation de la projection constante que la femme entretient avec son apparence.

Vêtues de l’ancien habit de mariage de leur mère, les figures présentées dans The Line ressuscitent le passé l’instant d’une image afin d’à leur tour incarner le rôle archétype dicté par ce costume d’apparat.

Camouflée d’une apparente clarté, cette série de photographies défie notre perception et place sous inquisition la notion établie de pureté.

Ravivant la consolante vision de la jeune mariée, la fatalité inhérente aux mœurs et institutions passées s’y voit interrogée, embrumée du passage du temps et des générations.

Dans The Confessional, Céline Bodin met en parallèle le confinement photographique et l’espace fermé du confessionnal religieux.

C’est cet espace intime dans lequel s’inscrit le corps féminin interrogeant ici, dans sa projection et son objectification, notre capacité a définir le genre dans la transition du vêtu au dévêtu.

Ce projet propose de graver l’instant où ses sujets, anticipant leur apparence imagée, en définiront la réception envisagée. Celle-ci traduit l’hypothétique interprétation de leur attitude, dans une tentative certaine de conforter les attentes du spectateur.

Dans le cadre de la culture occidentale et de sa tradition esthétique, le principe de représentation féminine est aux prises avec ses idéaux : entre code de beauté et droiture religieuse, ces images démontrent le poids des traditions et l’héritage inconscient de l’histoire de l’art et de la pose féminine, attestant également de la mystification du corps fragmenté, à la fois entité érotique et incarnation sacrée.

Lorsque notre corps se traduit en image fixe notre identité se morcelle. Elle n’offre plus que les pièces détachées d’un puzzle incomplet. Si nous prêtons notre image, nous n’en faisons jamais le sacrifice en son entier. Et pourtant… où ces interdictions prennent-elles racine, et où se démarquent-elles sur nos corps ? Pouvons nous réellement y déchiffrer nos retenues et la prévention d’une participation authentique?

Dans The Confessional le corps est tel un motif discontinu, touchant à une nouvelle grammaire de la présence.

Peut être n’honorera t-il jamais le dialogue engagé par la photographie. Le sujet en performance est donc ici visible et disponible en apparence uniquement, et grâce à cette simulation il nous échappe à jamais, laissant la représentation féminine en manque d’une véritable définition.